Démarche de production
Un début d'industrialisation du cinéma en Afrique
noire suppose des coûts de production maîtrisés
d'une part, et une indépendance vis-à-vis des
bailleurs de fonds d'autre part. La démarche ne consiste
nullement à tourner le dos aux sources de financement
traditionnelles, mais à créer les conditions
pour ne pas en être dépendant. On pourra alors
produire plus souvent tout en restant maître du contenu
de nos films. Seules exigences, la qualité technique
et l'attente du grand public.
Notre philosophie de production privilégie le support
numérique Haute Définition qui offre une
excellente qualité numérique à des
coûts raisonnables. En fonction des projets, le kinescopage
est toujours possible.
Pour réussir ce schéma, en s'inspirant de
certaines expériences, il nous a paru indiqué de
recourir à la publicité institutionnelle
et commerciale pour assurer une source de financement local.
C'est en tout cas l'expérience que les Films du
Dromadaire mènent depuis 2004. "Traque à Ouaga", "Sofia" et "Dossier
brûlant", soit trois films entièrement produits
sans subvention, en recourant uniquement à la publicité intégrée
dans la trame de l'histoire.
Un autre critère, non moins important, consiste à écrire
des émotions destinées au cinéphile
africain. Le succès de ces trois premiers films
montre l'engouement de notre public pour le cinéma
populaire, ce qui n'exclut pas le cinéma d'auteur.
Cela participe à enrichir le paysage audiovisuel
dans la mesure où les recettes tirées des
films grand public aident les salles de cinéma à continuer
d'exister. Au moment où le film "Dossier brûlant" entrait
en post-production, le Rialé, une des plus vieilles
salles de Ouagadougou, "capitale du cinéma africain", était
démoli pour céder la place à une résidence
hôtelière jugée plus rentable par les
promoteurs.
Le débat reste ouvert et tous les courants d'idées
doivent participer à dessiner les pistes - et les
hors-pistes - pour l'éclosion d'un cinéma
africain indépendant et autonome. Il faut repenser
le mode de production, réinventer les circuits de
distribution et renforcer les capacités d'exploitation
des salles. Nous restons convaincus qu'un début
d'industrialisation du cinéma en Afrique devra nécessairement
passer par le cinéma numérique HD, plus adapté aux économies
du continent.
Le cinéma c'est l'émotion. Peu importe le
courant qui la porte.
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